Projet Thaïlande Rosemont 2019 : Maï Pen Raï

« Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en ont lu qu’une page. » – Saint Augustin

Maï Pen Raï

Projet Laos-Thaïlande Rosemont est né il y a plus de 5 ans. Lorsque j’ai imaginé ce projet, je le voyais comme une opportunité.

Rahabi Benaiche

Une opportunité pour les étudiants et étudiantes, pour mes accompagnateurs ou accompagnatrices, pour les organismes et populations visitées, pour le Collège de Rosemont et, bien égoïstement, pour moi aussi!

Ce projet a évolué énormément depuis ses débuts. L’organisation d’un tel projet de mobilité internationale n’est pas sans contrainte ou imprévu, et exige d’acquérir de l’expérience et d’avoir de solides contacts sur place. Lors de mes débuts, j’étais dépourvu d’expérience organisationnelle pour ce type de projet, mais doté d’un fort réseau sur place grâce à mes nombreuses années de voyages en Asie du Sud-Est. Lors de la première année, cette expérience du terrain sud-est asiatique ainsi que l’aide de mon réseau sur place ont très vite été balayées par l’imprédictibilité structurelle lao et thaïe. L’imprévu, le chaos organisé, l’improvisation occasionnelle et à la grâce de bouddha sont des conceptions inscrites dans le quotidien lao et thaï. D’ailleurs, ces deux pays ont une expression qui symbolise cette réalité culturo-religieuse : il s’agit de Bo Pen Ngiang pour le Laos et Maï Pen Raï pour la Thaïlande, expressions que l’on pourrait traduire par « ce n’est pas grave », « pas de problème », « on va s’arranger », etc. J’ai appris, un peu malgré moi, à composer avec cette réalité locale qui est à l’opposé de notre culture organisationnelle occidentale. Au fur et à mesure de l’évolution de ce projet, j’ai dû apprendre à mettre de l’eau dans mon vin et devenir ce que je n’ai jamais été : flexible!

C’est en partie ces défis locaux, la mission du Collège, mais aussi mes champs d’intérêt qui m’ont amené au cours de ces années à modifier le cœur de cette aventure. Ce projet a été successivement :

  • un projet de construction d’école dans un village au nord de Chiang-Raï (2015);
  • un projet de drainage d’eau potable pour un village à la frontière birmane (2016);
  • un projet éducatif à Vang-Vieng au nord du Laos (2017);
  • un projet d’aide à l’enseignement de l’anglais dans un village au nord-est de la Thaïlande (2018 et 2019).

L’éducation au cœur de l’expérience 

Aujourd’hui, je souhaite que ce projet en soit un entièrement axé sur une dimension éducative. Cette décision, encore une fois, repose sur les besoins criants des communautés sur place. Évidemment, il serait présomptueux de ma part de penser qu’un projet d’initiation à la coopération internationale durant 3 ou 4 semaines chaque année pourrait changer de façon drastique la réalité de populations isolées et souffrant de lacunes éducatives. Cependant, en choisissant de petites organisations, bien implantées dans les communautés locales, et en leur offrant notre aide, un support logistique et une visibilité nous semons des graines qui sont en concordance avec la mission du Collège et mes valeurs d’enseignant.

Bien que nous ne puissions pas changer complètement leur vie, nous permettrons à ces communautés, souvent délaissées par les pouvoirs centraux, d’avoir une aide ponctuelle, une tribune et du matériel pédagogique achetés grâce à nos partenaires.

Ainsi, la mission que je me suis donnée en fondant ce projet était d’amener l’étudiant à développer une conscience citoyenne et à saisir les enjeux locaux et globaux. Aussi, je voulais que les étudiants aient l’opportunité de vivre un projet de mobilité internationale qui ait du sens pour eux. Le voyage est le médium parfait pour prendre la mesure du monde qui nous entoure. Cette initiation à la coopération internationale combine parfaitement, selon moi, les buts institutionnels, les aspirations des étudiants et les besoins des communautés visitées.

L’importance de nos partenaires en coopération internationale

Le projet actuel, qui se déroule à Ban Nong Phongn, est la démonstration parfaite de l’évolution du projet. En effet, l’un des objectifs de Volunt2Thai est d’améliorer les conditions de vie dans les villages de la région de l’Isan, considérée comme la partie la plus pauvre et la moins touristique de la Thaïlande. Le programme est basé sur un projet socioéducatif. Volunt2Thai travaille en étroite collaboration avec les écoles primaires locales, où les jeunes peuvent suivre des cours d’anglais.

D’ailleurs, l’établissement de partenariats est une dimension fondamentale de l’évolution de ce type de projet. Pour celui de 2019, les partenaires sont l’Université Rajabhat d’Udon Thani (Thaïlande), l’organisation Volunt2Thai et les écoles primaires, où les étudiants aideront à enseigner l’anglais, Ban Nong Kung, Ban Na Phang et Ban Khon Liap.

Pour conclure, j’ai été le témoin privilégié de l’effet de ce projet sur les étudiants. Que ce soit avant, pendant ou après l’aventure.

Avant, puisque ces derniers doivent, à travers les formations qui leur sont données se préparer et chercher des sources de financement pour diminuer le coût du voyage.

Pendant, puisqu’ils doivent préparer chaque jour les leçons données aux jeunes âgés de 6 à 12 ans. Ces deux phases tendent à responsabiliser l’étudiant en le rendant autonome et en parachevant son cursus rosemontois.

« L’après-projet » est, dans de nombreux cas, mon cadeau à titre de fondateur et d’organisateur de ce projet. Ce type de projet marque au fer rouge l’étudiant en développant notamment sa capacité d’adaptation, mais aussi en lui montrant une réalité insoupçonnée!

Une réalité thermique de 40 degrés humides, vécue sans système d’air conditionné. La réalité nocturne sur des matelas au sol, sous moustiquaire. Une réalité dans laquelle la pyramide des besoins prend tout son sens et où les repas quotidiens semblent être toujours les mêmes. Et, évidemment, la réalité de la population sur place qui vit dans des conditions très difficiles et où nos certitudes nord-américaines se heurtent à la réalité de la vie faite de bric et de broc. L’expérience sur place modifie profondément la perspective de l’étudiant et de l’étudiante en matérialisant la notion d’inégalités économiques et socioéducatives.

Cet électrochoc a modifié, à de nombreuses reprises, le choix de carrière des étudiants et a fait de ces derniers, j’en suis sûr, des citoyens plus conscients de ce qui les entoure.

Par Rahabi Benaïche

Rahabi est titulaire d’un BAC en anthropologie de l’UDM et d’une maitrise en sociologie de l’UQAM. Il poursuit ses apprentissages en études est-asiatiques à l’UDM tout en enseignant la sociologie depuis 2008. Il s’intéresse aux principaux enjeux culturels, linguistiques et économiques en Asie du Sud-est, notamment, à ceux liés à la gestion de la diversité. Rahabi est également le créateur et organisateur d’un projet de mobilité en Asie qui permet à des étudiants de vivre une expérience coopérative dans des régions éloignées du Sud-est asiatique. 

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